Interview d’Yves Jégo, Président du Forum des élus locaux en charge de l’environnement (FORELE)

Question 1. Vous évoquez souvent un « décalage dangereux » entre le temps de la transition écologique et celui de l’action publique. Que voulez-vous dire par là ?

Yves Jégo :
La situation est simple : le temps de l’action écologique, c’est celui de l’urgence. Le changement climatique s’accélère, comme nous l’avons encore constaté cet été avec des températures records et des épisodes extrêmes. Or, depuis la dissolution de 2024, notre régime politique a profondément changé : il est devenu un régime d’assemblée. Les gouvernements se succèdent, les ministres passent, tous suspendus aux aléas de majorités fragiles et instables. Résultat : le temps de l’action publique est désormais haché, discontinu, et trop souvent frileux.
C’est dramatique : nous avons d’un côté l’urgence absolue d’agir, de l’autre un système politique qui freine et retarde. Cette dissociation devient un handicap majeur pour la transition écologique, et elle pèse sur les territoires qui, eux, sont obligés d’avancer, parfois seuls, sans relais clair de l’État.

Question 2. L’eau est au cœur des préoccupations des collectivités. Pourquoi en faites-vous un enjeu central pour la France ?

Yves Jégo :
Parce que c’est devenu le bien commun le plus menacé et le plus vital. Sans eau, il n’y a ni agriculture, ni industrie, ni vie quotidienne digne de ce nom. Or notre modèle est obsolète. Il a été pensé au XIXᵉ et au début du XXᵉ siècle et n’a pas été profondément repensé depuis. Nous continuons à fonctionner sur un réseau de canalisations, souvent centenaire, insuffisamment entretenu qui perd chaque année une part considérable de l’eau qu’il transporte.

Pire encore, nous maintenons des archaïsmes choquants. Les Parisiens, par exemple, qui pourraient boire l’eau traitée de la Seine comme les habitants de la petite couronne, boivent une eau prélevée dans l’Yonne, le Loiret ou la Seine-et-Marne. Ces territoires, déjà soumis au stress hydrique, n’en voient pas une goutte. C’est une injustice flagrante, et révélatrice du conservatisme qui bloque la gestion de l’eau en France.

Pourtant, les solutions existent : l’utilisation des eaux grises, la récupération des eaux de pluie, la captation des eaux de brouillard ou de rosée, sans oublier la réutilisation des eaux usées — un domaine où la France est dramatiquement en retard. La recherche avance, l’innovation est là, mais les régies comme les concessionnaires restent frileux. Il faut un changement radical de paradigme.

Question 3. Parlons des villes. Beaucoup d’experts affirment qu’elles doivent devenir plus vertes pour faire face au réchauffement. Où en est-on en France ?

Yves Jégo :
Nous sommes encore au tout début du chemin. La végétalisation des villes, la création d’îlots de fraîcheur, la désimperméabilisation des sols : tout cela reste marginal. Combien de villes en France mènent des politiques incitatives à la végétalisation des façades, par exemple ? Une poignée seulement. Pourtant, nous savons que c’est une des clés de l’adaptation au climat, de l’amélioration de la qualité de vie et même de la santé publique.

C’est précisément le rôle du FORELE : valoriser, recenser et partager les bonnes pratiques locales. Nos adhérents sont au cœur de la transition écologique des territoires. Nous voulons être force de proposition, mais aussi outil pratique pour les élus. C’est pourquoi nous venons de lancer une base de données nationale, unique en son genre, qui recense toutes les innovations françaises en matière d’accès à de nouvelles ressources en eau et de systèmes d’économie de l’eau. Nous voulons donner aux collectivités les moyens de s’inspirer et d’agir.

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